Créer une école de pilotage à 22 ans tout en cherchant un boulot de pilote, et se retrouver, 15 ans plus tard, à la tête d’un petit groupe d’aviation d’affaires de 130 salariés et 30 millions d’euros de chiffre d’affaires : tel est le tour de force réalisé par Charles Clair, PDG-fondateur et unique actionnaire de Clair Group. A 37 ans, ce passionné d’aviation, qui rêvait de devenir pilote de ligne, est aujourd’hui à la tête de la première école de pilotage de France, Astonfly, basée à Toussus-le-Noble. Il en sort chaque année 150 pilotes de ligne. Et sa compagnie d’aviation d’affaires Astonjet est la seule française, avec Wijet, à avoir plus de dix jets d’affaires enregistrés en France.

Le 17 octobre prochain, son nouveau terminal à l’aéroport du Bourget sera inauguré. Ce sera « le plus grand et le plus luxueux », assure Charles Clair, qui a investi 10 millions d’euros pour 7.000 m2 de bureaux et trois hangars sur 16.000 m2. Tout cela avec une mise de départ de 2.000 euros, sur un secteur où beaucoup ont perdu leur chemise. Contrairement à d’autres, Astonjet a résisté à la tentation d’avoir ses propres avions. « Nous gérons les avions des autres, résume l’entrepreneur. Nous proposons aux propriétaires – entreprises ou personnes physiques – de louer leurs avions quand ils ne les utilisent pas, en leur reversant de l’ordre de 85 % du chiffre d’affaires ».

Gérer les avions des autres

Chaque euro gagné depuis 15 ans a été réinvesti dans un développement prudent. « Nous n’essayons pas de « disrupter » l’aviation d’affaires, mais plutôt, d’améliorer ce qui peut l’être, par exemple, en donnant la possibilité à nos clients de consulter, en temps réel, sur Internet, l’ensemble des frais engagées sur leurs avions. Ou encore, en proposant des prestations d’hôtel 5 étoiles dans notre nouveau terminal du Bourget », explique le PDG du groupe.

Un « business plan » bien rodé

Pour convaincre les propriétaires d’avion de les lui louer, Aston les accompagne dans leur projet dès le choix de l’appareil. « Pour 1,5 million de dollars, vous avez un Cessna Citation Mustang d’occasion à plein potentiel, pièces et main-d’oeuvre incluses , détaille Charles Clair. S’ajoutent à cela les coûts fixes annuels, de l’ordre de 350.000 euros, incluant les salaires de trois membres d’équipages, l’assurance, l’assistance aéroportuaire… et le coût à l’heure de vol, autour de 1.000 euros. » Sur cette base, Aston « loue l’avion à 1.950 euros de l’heure et reverse 1.750 euros au propriétaire, qui réalise ainsi une marge de 750 euros par heure de vol, précise encore le dirigeant. Si nous louons son avion 350 à 400 heures par an, il peut ainsi couvrir les frais fixes et utiliser son avion à prix coûtant ».

L’atout de la formation des pilotes

Pour les propriétaires d’avions les plus motivés, le centre de formation Astonfly peut leur apprendre à piloter, moyennant 15.000 euros pour une licence de pilote privée en 45 heures de vols sur un an. « Mais la plupart des propriétaires font appel à un pilote professionnel, qui offre plus de sécurité et plus de souplesse dans l’utilisation de l’avion », note Charles Clair.

Le plus gros de l’activité d’Astonfly reste la formation de pilotes de lignes. La demande est aujourd’hui supérieure à l’offre. « La capacité de formation de l’ensemble des écoles européennes est de l’ordre de 1.500 pilotes par an, alors que les besoins actuels des compagnies européennes sont de 4.500 pilotes par an, souligne le patron d’Aston Group. Chez Astonjet, nos pilotes ne restent pas plus de trois ans en moyenne, avant de rejoindre une grande compagnie aérienne. Même chose dans la maintenance ».

Développer la notoriété de la marque

L’intérêt ne se limite pas aux synergies entre les filiales. « Comme nous n’achetons pas nos avions, la seule façon pour moi de développer ma compagnie est d’accroître la notoriété de la marque Aston, pour attirer de nouveaux propriétaires d’avions, si possible de plus en plus gros, afin d’accroître la marge. C’est ce qui nous a permis de nous développer depuis 15 ans, sans avoir jamais perdu d’argent », se félicite Charles Clair. C’est la réussite du modèle intégré développé par Aston Group.



Source original de l’article